Le modèle européen commence à l'échelon communal

16 novembre 2011
Par / publié dans Édito

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Les fonctionnaires européens boudent les élections communales. Ils disposent pourtant depuis plus d'une dizaine d'années, au même titre que les autres ressortissants de l'UE, du droit d'élire bourgmestre, échevins et conseillers communaux. Ce désintérêt pour les pouvoirs locaux est peu compatible avec le projet européen, et est d'autant plus incompréhensible que le personnel des institutions a été l'objet d'une vaste campagne de sensibilisation lors des dernières élections d'octobre 2006.

L'avez-vous remarqué ? La campagne électorale pour les communales de 2012 a déjà commencé. Dans les médias, les partis, les organisations de jeunesse, mais aussi... dans le quartier européen de notre capitale. Le Bureau de liaison Bruxelles-Europe, créé et financé par la Région bruxelloise, compte ainsi inciter le plus de fonctionnaires européens à aller voter en octobre 2012. Un projet respectable et on ne peut plus démocratique, car le niveau communal est le premier levier d'action politique.

Beaucoup de fonctionnaires européens trouvent Bruxelles triste, austère et polluée : pourquoi, dès lors, ne participent-ils pas à la vie politique pour tenter de rendre la ville meilleure ?

Car les ressortissants de l'Union européenne peuvent voter aux élections communales belges depuis janvier 1999. Ils peuvent même être élus au sein d'un collège communal. Les fonctionnaires européens disposent, en particulier, d'une influence potentiellement considérable (et ce, dans la plupart des communes de la Région bruxelloise) : quelque 21.000 personnes employées par la seule Commission européenne, près de 5.500 par le Parlement, 600 stagiaires...

Pourtant, avec un peu moins de 10 % de participation en octobre 2000 et 14 % en 2006 (tous pays européens et emplois confondus), on ne peut pas vraiment dire que la possibilité de voter aux communales suscite l'enthousiasme chez les ressortissants européens de Bruxelles...

Un certain mépris pour la politique bruxelloise

Pourquoi un tel désintérêt pour les élections communales ? Aucune étude à grande échelle n'a été menée pour l'instant (selon les chercheurs, il est difficile d'établir une base de sondage fiable), mais quelques raisons fréquemment invoquées par les eurocrates ont été compilées par le Bureau de liaison Bruxelles - Europe.

Certaines paraissent légitimes. On peut ainsi comprendre que le caractère obligatoire du vote puisse rebuter certaines personnes, originaires de pays où aller voter relève avant tout d'une démarche volontaire.

La plupart des autres raisons relèvent cependant de l'indifférence, voire du mépris pour la politique belge, et pour celle de Bruxelles en particulier : « Ça ne m'intéresse pas », « Je ne sais pas encore ce que je ferai ce jour-là » ou encore « Le système belge est beaucoup trop compliqué ». Le comble de la mauvaise foi revient cependant à ceux qui se retranchent derrière « l'opacité de la bureaucratie belge » : est-ce trop demander de remplir et de renvoyer un formulaire électronique ?

D'autant que lors des dernières élections, tout avait été fait pour que les fonctionnaires européens soient informés et pour qu'ils s'intéressent aux élections communales d'octobre 2006. Sur l'ensemble des 215.000 dépliants alors imprimés par le Bureau de liaison Bruxelles-Europe, 33.000 avaient été distribués à la Commission européenne et 4.000 au Conseil de l'Europe. Les principaux médias européens (The Bulletin, Brussels International, La Commission en direct) s'étaient également mobilisés. Le Parlement européen avait enfin envoyé une version électronique à  tous ses membres, tout en affichant  des posters dans ses locaux (voir ci-dessous) reprenant le contenu des tracts.

Résultat : une augmentation du taux de participation de l'ordre de 4 points (de 10 à 14 %) seulement.

Image issue de la campagne de sensibilisation menée par le Bureau de liaison Bruxelles - Europe en 2006 (BLBE

L'exemple (bon comme mauvais) vient pourtant d'en haut. L’Europe veut-elle encourager et renforcer la démocratie en son sein ? Ses fonctionnaires et ses députés devraient alors commencer par s'impliquer dans les élections communales. Il s'agit, ni plus ni moins de participer à tous les niveaux de pouvoir à la construction de l'Europe.

Le message passera-t-il mieux lors des élections de 2012? La Région bruxelloise ne se décourage pas, et compte remettre le couvert. Le Bureau de liaison Bruxelles - Europe, va ainsi demander à la Région une enveloppe supplémentaire de 50.000 euros afin de sensibiliser les ressortissants européens. Au menu : messages différenciés selon les médias, usage des réseaux sociaux et combat contre les préjugés. Il s'agit, comme le rappelait récemment Ans Persoons, conseillère du Bureau de liaison Bruxelles-Europe, d'un enjeu démocratique et politique à ne pas négliger, au vu du nombre d'Européens habitant la Région bruxelloise.

Et si, malgré tout, peu d'Européens des institutions persistaient à ne pas voter en octobre 2012 ? Ils ne devraient alors plus s'étonner du manque d'intérêt des autres citoyens de l'Union pour les élections européennes, dont les enjeux sont, à ce niveau, bien plus flous et compliqués que les élections communales.

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2 Responses to Le modèle européen commence à l'échelon communal

  1. [...] responsable de nombreuses activités pour l'intégration des eurocrates à Bruxelles mais aussi de campagnes à leur intention, en a pris conscience. Pour remédier à ce problème, il a décidé, en [...]

  2. La fiscalité des fonctionnaires, un mythe? on 23 novembre 2011 at 16 h 58 min

    [...] jouissent du droit de vote et d'éligibilité aux élections communales, comme le rappelait notre article sur le [...]

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