L’ordinaire du journalisme


Troisième journée d’étude du cycle du Réseau d’étude sur le journalisme

« Regards croisés sur les enjeux contemporains du journalisme »
L’ORDINAIRE DU JOURNALISME

Vendredi 3 juillet 2009 / 9h30-17h30
CELSA – université Paris 4
77 r Villiers 92200 NEUILLY SUR SEINE

Laboratoires organisateurs :

CRAPE (Université de Rennes 1)
ELICO (Université Lyon 2)
GRIPIC (Université de Paris-Sorbonne)

Le développement de l’internet, avec son cortège de formes nouvelles que sont les blogs, les sites collectifs et participatifs, les forums, les réseaux sociaux, les médias en ligne, semble avoir accéléré un mouvement de singularisation des usages médiatiques à deux visages :
- la singularisation de la réception, réalisée à travers des moyens plus nomades et affranchis du temps, des contenus plus spécialisés, des voies d’accès plus fragmentées et personnalisées
- la singularisation de la production, grâce à des moyens simplifiés, des dispositifs variés, plus autonomes, souvent gratuits et plus accessibles que les moyens traditionnels de fabrication et de diffusion de l’information.

Ce mouvement ne peut pas être réduit à l’époque récente, ni à l’internet ; il entre en écho avec des pratiques pédagogiques de l’imprimerie, des usages militants politiques du journal, des investissements associatifs dans la radio, des emplois personnels de la photographie et de la vidéo à des fins publiques.
Cette tendance est amplifiée par l’usage croissant que les médias de masse font des paroles singulières, en les incorporant comme des ressources à des niveaux variés dans le dispositif éditorial (courriers, débats, informations).

Mais il ne faut pas s’arrêter à ce constat qui observe ce que les médias font des paroles d’usagers, et ignore ce que les usagers font au travers de leur contribution aux médias. Il faut articuler ces deux niveaux en posant l’hypothèse d’un troisième visage du mouvement :
- par la mise en synergie de la réception et de la production, émergent des scènes sociales (à l’intérieur ou à l’extérieur des médias traditionnels) qui au travers de formes variées d’appropriation, participent à la construction des identités individuelles et collectives.
Dans cette hypothèse, L’ordinaire dont parlait de Certeau et Giard (1983) est cet interstice qui permet aux individus, entre réception et production de messages, de se forger un univers singulier de sens, de connaissance et de relation, qui profite et échappe aux productions de masse.
L’ambition de cette journée d’étude est de prolonger les réflexions déjà engagées par des recherches sur les modalités et les conséquences de la mise à profit des usagers par les médias, une mise au travail de ressources gratuites dans un univers marchand.
Elle veut aussi poser la question de la place de l’amateur dans cette configuration médiatique changeante. Pas une place seulement mesurée en concurrence et conflit avec la dimension professionnelle de l’activité journalistique, mais aussi le rôle que cette activité amateur prend dans la vie des individus, comment elle contribue à leur identité sociale et participe aux interactions qu’ils développent au quotidien (Becker, 1988. Hennion, 2000), et ses conséquences sur l’évolution de l’espace public.

Cette journée d’étude entre dans le programme de recherche sur l’ « Ordinaire » du REJ.

PROGRAMME

Cette journée d’étude sur « l’ordinaire du journalisme » s’est déroulée en trois temps :

Le matin, les intervenants ont questionné, remis en cause, interrogé les fondements de l’expression, en faisant appel à des approches et des courants de recherche différents.

9h00 Accueil

9h20 Denis RUELLAN, sur la proposition du programme « L’ordinaire du journalisme ».

9h50 Emmanuel SOUCHIER, sur les figures de l’infra-ordinaire dans le journalisme,
à partir de la lecture d’un quotidien régional

10h50 Antoine HENNION, sur une problématique des attachements, développée
notamment à partir de diverses pratiques d’amateur, mise à l’épreuve sur le cas
de la production médiatique

11h50 Laurie SCHMITT, sur les attendus d’une approche en SIC des pratiques
médiatiques amateurs
-
L’après-midi, des chercheurs ont présenté des travaux récents sur des pratiques, dispositifs, acteurs, produits relevant de ce mouvement de singularisation de l’information.

13h45 Olivier TREDAN, sur les trajectoires et les univers sociaux de blogueurs

14h30 Jacky SIMONIN, Eliane WOLF sur les usages de la parole des auditeurs de la radio Freedom

15h15 Valérie CROISSANT, Annelise TOUBOUL, sur les motifs de la participation des publics des médias

Pause

16h15 Daniel THIERRY, sur les formes de la production photographique amateur des correspondants de presse locale

En conclusion, des professionnels du journalisme, responsables de médias incorporant des dispositifs contributifs, sont venus témoigner de la trajectoire de leurs initiatives.

17h00 Benoit RAPHAEL, rédacteur chef du site Le Post
Olivier CLECH, rédacteur en chef du quotidien Le Télégramme (sous réserve)

La journée d’étude L’ordinaire du journalisme s’inscrit dans le cycle « Regards croisés sur les enjeux contemporains du journalisme » du REJ. La première de ces journées, consacrée aux mutations du journalisme, s’est tenue en juin 2007. La seconde intitulée « Economie du journalisme » s’est déroulée en juillet 2008. Les comptes rendus sont en ligne sur les pages des journées.